Inhibiteurs de la pompe à protons et troubles ventilatoires obstructifs : un duo à risque ? - une étude rétrospective belge dans les maladies pulmonaires obstructives
Cette étude rétrospective évalue l'association entre l'exposition aux IPP et le risque d’exacerbation des patients suivis pour un TVO.
Les données proviennent des bases de données de l’assurance maladie belge et concernaient 932 135 patients suivis pour un TVO entre 2017 et 2021. Parmi ces patients, 416 087 étaient traités par IPP.
La comparaison des groupes (avec et sans IPP) met en évidence de nombreuses différences. Les patients traités par IPP avaient tendance à être plus souvent de sexe féminin, plus âgés, plus précaires sur le plan socio-économique, à avoir un IMC plus élevé, à avoir un antécédent de tabagisme et davantage de comorbidités (notamment cardiovasculaires, anxio-dépressives et diabétiques). Ils présentaient également davantage d’exacerbations avant l’inclusion. Certains de ces facteurs sont associés à un moins bon contrôle de l’asthme ou de la BPCO, et pourraient constituer des facteurs de confusion. Afin de les prendre en compte, les auteurs ont donc utilisé des modèles de Cox multivariés ainsi qu’une pondération par score de propension.

Les résultats mettent en évidence une augmentation significative du risque d’exacerbation chez les patients traités par IPP (HR : 1,18 ; IC 95 % : 1,17-1,19).
Il est intéressant de noter que les analyses en sous-groupes ne mettent pas en évidence de sur-risque significatif chez les patients présentant un RGO en cas de prescription inférieure à 180 jours.
Enfin, une analyse selon la dose cumulée d’IPP reçue au cours de l’année met en évidence une relation dose-effet, avec un risque d’exacerbation croissant lors des traitements prolongés.
Les principales limites de cette étude sont liées à son caractère rétrospectif ainsi qu’aux nombreuses différences initiales entre les groupes. Malgré l’utilisation d’un score de propension, des biais résiduels peuvent persister. L'absence de certaines données, notamment concernant la sévérité de l’atteinte respiratoire, est également dommageable. L'ensemble de ces limites ne permet donc pas d'affirmer un lien causal entre ces deux variables.
En conclusion, il s’agit d’une étude intéressante qui, malgré ses limites méthodologiques, met en évidence une association significative entre l'exposition prolongée aux IPP et le risque d'exacerbations de TVO.
Le RGO étant un facteur de risque d'exacerbation d''asthme et de BPCO, il est courant d'introduire un traitement d'épreuve par IPP chez les patients symptomatiques. Cette étude nous rappelle cependant l’importance d’évaluer systématiquement la balance bénéfice/risque de chaque traitement introduit chez nos patients, et invite à la prudence concernant les prescriptions prolongées d’IPP sans indication formelle.
Commented by: Dr Emmanuel Marez
Source: Chest 2026 Jan