Périaxine plasmatique : vers un biomarqueur spécifique de la démyélinisation périphérique – une étude longitudinale et analyses transversales
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L’évaluation de l’activité des neuropathies inflammatoires périphériques (polyradiculonévrite inflammatoire démyélinisante chronique et syndrome de Guillain-Barré) repose encore largement sur des marqueurs indirects, cliniques et électrophysiologiques, peu sensibles à l’évolution de ces maladies. La périaxine est une protéine spécifiquement produite par les cellules de Schwann, impliquées dans la formation de la gaine de myéline des nerfs périphériques.
Peut-elle devenir un biomarqueur sanguin capable de refléter directement la démyélinisation périphérique ? C’est ce que suggèrent les résultats d’une étude longitudinale de taille modeste ayant inclus 155 participants répartis en cinq groupes selon l’état clinique : polyradiculonévrite inflammatoire démyélinisante chronique (n=45), syndrome de Guillain-Barré (n=30), maladie de Charcot-Marie-Tooth (n=20), sclérose en plaques (n=30) et témoins (n=30). Les taux plasmatiques de périaxine ont été dosés à l’aide d’une technique d’immunodosage ultrasensible de type Simoa (Single Molecule Array). Cette approche immuno-enzymatique, associée à une détection digitalisée à l’échelle moléculaire, permet d’augmenter considérablement la sensibilité analytique. L’étude combine des analyses transversales et longitudinales, ce qui renforce la portée des observations.

Ce biomarqueur permet d’identifier la démyélinisation périphérique : ses taux plasmatiques sont significativement élevés en cas de polyradiculonévrite inflammatoire démyélinisante chronique ou de syndrome de Guillain-Barré, contrairement à la maladie de Charcot-Marie-Tooth, à la sclérose en plaques et, a fortiori, au groupe témoin.
Dans la polyradiculonévrite inflammatoire démyélinisante chronique, la périaxine permet de distinguer les formes actives, d’évaluer la réponse au traitement et de prédire l’aggravation clinique à un an avec des performances satisfaisantes (sensibilité : 99 % ; spécificité : 72 %). Les patients en phase active présentent des taux nettement plus élevés que ceux en phase stable, et les concentrations diminuent après traitement par immunoglobulines intraveineuses (IgIV), avec un délai médian d’environ quatre semaines.
Dans le syndrome de Guillain-Barré, le pic de périaxine, ainsi que le ratio avec les biomarqueurs axonaux (neurofilament light chain et peripherin), permettent de distinguer les formes démyélinisantes des formes axonales (sensibilité : 100 % ; spécificité : 86 %). En revanche, la corrélation avec les scores cliniques reste limitée, traduisant probablement une dissociation entre activité biologique et handicap fonctionnel établi. Cette discordance souligne l’intérêt d’une approche combinée associant biomarqueurs dynamiques et échelles cliniques.
Sur le plan expérimental, des modèles in vitro confirment la spécificité biologique du signal : la libération de périaxine est significativement plus importante en cas de démyélinisation immune qu’en cas de lésion axonale, renforçant sa valeur mécanistique comme marqueur de souffrance des cellules de Schwann.
La périaxine plasmatique apparaît ainsi comme un biomarqueur spécifique de la démyélinisation périphérique. Associée aux biomarqueurs axonaux et aux échelles cliniques, elle pourrait affiner le suivi de l’activité des neuropathies inflammatoires périphériques, améliorer la stratification des patients et accélérer le développement de nouveaux traitements. Son intérêt clinique réside également dans sa capacité à détecter précocement la réponse aux IgIV, à distinguer activité inflammatoire et séquelles, et à guider les ajustements thérapeutiques.
Commented by: Dr Philippe Tellier
Source: Brain. Volume 148(12).