L’inobservance thérapeutique – un constat mondial aux conséquences dramatiques

La non-observance, un phénomène mondial

Le rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé estime qu’entre 30% et 50% des traitements prescrits pour les pathologies à long terme ne sont pas correctement pris1. L’étude ALIGN2 menée auprès de plus de 7000 patients au sein de 33 pays confirme cette constatation, en relatant que le phénomène de non-observance est observé au sein de tous les pays étudiés. Aujourd’hui la non-observance au traitement est considérée comme une problématique complexe d’envergure mondiale.

Cinquante ans de recherche

Les premières recherches sur le sujet datant d’une cinquantaine3 d’année arrivent à la conclusion que la non-observance des patients est due à une communication médecin-patient insuffisante, favorisant l’oubli ou la non-compréhension des informations par le patient. Les guidelines identifiées étaient d’améliorer la communication, ainsi que d’instaurer des rappels de prise pour accompagner le patient.


Plus récemment, des recherches plus poussées et compréhensives à l’égard du patient ont démontré que le fond du problème est plus complexe, et que ces mesures ne sont pas suffisantes. L’adhésion au traitement par le patient serait en réalité la résultante de trois phases4 :

  1. La prise, qui délimite la phase où le patient récupère sa prescription et initie son traitement,

  2. L’implémentation, qui correspond à l’introduction du traitement dans la vie quotidienne du patient,

  3. La persistance, soit la période où le patient suit correctement son traitement.


Près d’une centaine de paramètres peuvent venir perturber chaque, complexifiant d’autant le schéma de l’adhésion thérapeutique. Plusieurs modèles ont été développés pour regrouper ces motifs.

Par exemple, le modèle comportemental « Capacité, opportunité et motivation » (COM-B) classifie les motifs de non-observance en trois catégories5 :

  1. La capacité, qui correspond à la compréhension du patient (il se souvient qu’il a un traitement à prendre, il planifie les prises, il possède la dextérité suffisante pour prendre son traitement, etc.),

  2. L’opportunité, qui englobe les facteurs en dehors de la volonté du patient (situation financière, support de son entourage, facilité/difficulté à avoir accès à des structures de soins, etc.),

  3. La motivation, qui caractérise la volonté du patient à prendre son traitement (croyances sur son traitement et son état de santé, habitudes, émotions, confiance dans le management du traitement, etc.).


Les sciences comportementales – outil prédictif de l’observance

D’un patient à un autre, les raisons d’une non-observance peuvent changer et il est donc primordial de cibler les raisons-clés de chaque patient. L’approche doit donc être personnalisée. C’est ainsi que les sciences comportementales entrent en jeu. De nombreuses investigations, couplées à une large base de données permettent aux sciences du comportement d’établir des schémas théoriques : profil patient, investigation sur l’origine de la non-observance, identification de la meilleure approche par profil patient, et même prédiction du comportement. L’identification des croyances du patient sur son traitement et sa pathologie, ainsi que son état d’esprit général permettent de s’approcher des vraies raisons de la non prise du traitement. Une fois ces facteurs identifiés, ils peuvent devenir des éléments prédictifs de l’observance du patient.

De plus, les sciences comportementales fournissent des nouvelles perspectives. En s’appuyant sur une stratégie motivationnelle et empathique plutôt que contrainte et confrontationnelle6, le médecin et le patient peuvent aboutir à un concensus sur ce qui est concrètement possible de mettre en place. Cette approche « patient-center » va permettre de ramener la relation soignant-soigné à une relation d’égal à égal. Le partage d’informations sur le traitement, la pathologie et les impacts de la non prise du traitement va amener le patient à changer progressivement ses perceptions, et aboutir à une meilleure motivation du patient à prendre son traitement.


Les conséquences lourdes de ce problème

La non-observance peut entraîner des répercussions dramatiques pour les patients. L’organisation de coopération et de développement économiques (OECD) a publié en 2018 un rapport sur la non-observance et ses conséquences7. On y retrouve des informations choc sur l’impact clinique, comme notamment le fait que la non-observance contribue fortement à 200 000 morts prématurées par an en Europe. Elle a également un impact économique non négligeable, avec un coût estimé à 125 millions d’euros en Europe. D’autre chiffres alarmants, comme le fait qu’entre 4% et 31% des patients ne sont jamais allés récupérer leur première prescription, ou encore que parmi les patients qui ont initié le traitement, moins de la moitié continue une prise régulière au bout de deux ans y sont aussi partagés.


Donner la parole au patient

Afin de lutter contre les conséquences dramatiques de cette non-observance, il faut comprendre le patient et l’accompagner. Monsieur Philippe Thébault, président de l’Alliance du Cœur a accepté de nous rencontrer et de répondre à nos questions.

Dans son interview il nous parle de l’alliance thérapeutique, de la place du médecin dans la vie du patient, de ses attentes envers les professionnels de santé, etc. Il nous informe également qu’aujourd’hui environ 30% des personnes souffrant de maladies chroniques ne prennent pas correctement leur traitement. Il révèle que l’oubli volontaire à souvent un lien direct avec ses conséquences : dans une maladie telle que l’hypertension où le patient peut ne pas ressentir de dégradation après un oubli, le risque qu’il commence à espacer ses prises augmente. Enfin, monsieur Thébault évoque quelques points d’amélioration dans les parcours de soin qui pourraient permettre au patient de mieux prendre conscience de l’importance d’une bonne médication.



Alice Moreau-Gely

(Retrouvez l’interview de Philippe Thébault dans sa totalité en première page)






Références :

1. World Health Organization. Sabate E. Adherence to long term therapies: evidence for action. Geneva. 2003

2. Michetti P, Weinman J, Mrowietz U, et al. Impact of Treatment-Related Beliefs on Medication Adherence in Immune-Mediated Inflammatory Diseases: Results of the Global ALIGN Study. Adv Ther. 2017;34(1):91-108

3. Choudhry NK, Krumme AA, Ercole PM, et al. Effect of Reminder Devices on Medication Adherence: The REMIND Randomized Clinical Trial. JAMA Intern Med. 2017;177(5):624-631

4. Vrijens B, De Geest S, Hughes DA, et al. A new taxonomy for describing and defining adherence to medications. Br J Clin Pharmacol. 2012;73(5):691-705

5. Kardas P, Lewek P, Matyjaszczyk M. Determinants of patient adherence: a review of systematic reviews. Front Pharmacol. 2013;4:91

6. Miller 2002 motivational interviewing preparing people for change New York Guillford Press

7. Khan R, Socha-Dietrich K. Investing in medication adherence improves health outcomes and health system efficiency. OECD Health Working Paper No. 105. 2018

Directeur de la publication

Jean-Paul Pénégry

Rédacteur en chef
Dr Maurice Lemercier

Directrice de la communication

Barbara Joly

TITRE.png