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L'antibiorésistance n'est plus ce qu'elle était

Les auteurs présentent des données dans plus de 50 pays et proposent un article globalement rassurant sur l’évolution des résistances aux antibiotiques, qui ne serait pas si catastrophique selon les prédictions prévues pour 2030. Ils modèrent ainsi les conclusions apocalyptiques rapportées par le papier anglais de Jim O’Neill qui prévoyait de placer l’antibiorésistance comme la première cause de mortalité devant tous les cancers et maladies dégénératives.

L’antibiorésistance est un problème majeur pouvant toucher toutes les spécialités. La consommation humaine d’antibiotiques représente une faible proportion par rapport à la consommation animale qui est en effet largement utilisée dans le domaine de l’agriculture. En plus des professionnels de santé intervenant au niveau humain, les vétérinaires ainsi que les autres spécialistes impliqués dans la culture animale sont donc touchés par la problématique de l’antibiorésistance. L’augmentation des résistances aux antibiotiques entraîne également de lourdes conséquences économiques et concerne ainsi les économistes au niveau mondial.

 

Les auteurs ont réalisé des couples bactérie / antibiotique, ce qui constitue notamment le point fort et l’originalité de cet article. En revanche, cet article ne comporte pas d’éléments de conclusions à la hauteur du nombre de données présentées et expose des limites importantes dans l’interprétation des résultats. La méthodologie mériterait d’être précisée davantage et la lecture des évolutions de la résistance des bactéries n’est pas toujours compréhensible.

La lecture de l’article pour quelqu’un qui n’est pas spécialiste est difficile avec notamment une lecture des tableaux qui n’est pas évidente. Une présentation plus précise de la méthodologie et des paramètres utilisés par les auteurs aurait probablement amélioré la lecture du document et l’adhésion aux conclusions proposées dans cet article. On peut noter par exemple que les résultats de l’évolution (en pourcentage) des résistances bactériennes sont présentés de la même façon pour les pays de moins de 10 millions d’habitants que pour ceux qui en comportent plus d’un milliard comme l’Inde et la Chine.

 

Une autre critique de cet article porte sur le choix des bactéries. En effet, il parait surprenant que les auteurs n’aient pas mentionné le gonocoque figurant parmi les bactéries les plus menaçantes aujourd’hui. Le choix de ne pas présenter la tuberculose est plus compréhensible car il paraît effectivement compliqué de coupler cette bactérie à un antibiotique donné puisque le traitement antibiotique de la tuberculose repose traditionnellement sur des combinaisons de 4 à 8 molécules. Néanmoins, il faut reconnaître que cette critique sur le choix des bactéries est aussi liée aux préoccupations de chaque clinicien dans sa pratique quotidienne. La majorité des cliniciens sont très concernés par les staphylocoques dorés et on aura tendance à moins parler des autres staphylocoques, (à coagulase négative) qui sont considérés généralement comme secondaires alors qu’ils peuvent être responsables de situations d’impasse thérapeutique dramatiques en raison d’une multirésistance à très haut niveau notamment chez les patients porteurs d’une infection sur matériel.  

 

Enfin, les auteurs ne mentionnent pas l’arrivée des nouveaux antibiotiques. En 2015, la production des nouvelles molécules connaissait une décroissance importante. Or depuis, de nouvelles molécules sont arrivées avec la découverte de nouveaux modes d’action. Ces variables devraient être prises en compte dans la discussion des résultats mais ceci représente, il est vrai, un challenge très difficile.

 

Au total, l’intérêt majeur de cet article repose sur l’idée qu’il constitue un contre poids du papier de Jim O’Neill et rassure sur les prédictions de l’évolution des antibiorésistances et s’inscrit ainsi dans un contre mouvement des idées actuellement émises sur ce sujet majeur.

 

 

 

 

Résistance proportions for eight priority antibiotic-bacterium combinations in OECD, EU/EEA and G20 countries 2000 to 2030: a modelling study Tiago Cravo Oliveira Hashiguchi, Driss Ait Ouakrim, Michael Padget, Alessandra Cassini, Michele Cecchini

 

 

 

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