Marcher ou mourir : on ne peut pas choisir !

L’actualité quotidienne porte très souvent sur les enjeux climatiques à l’échelle de la planète. Sur le plan cardio-vasculaire et respiratoire, on sait que l’exposition aiguë et chronique à la pollution atmosphérique est génératrice de pathologies directement liée à la pollution. Dans les villes, la pollution provient essentiellement des véhicules et donc directement des moteurs mais également des pneus et des freins de ces mêmes véhicules.

Cette pollution liée au trafic est à l’origine de production de gaz tels que le dioxyde d’azote ou de particules dont la taille est variable allant de 0,1 microns à 10 microns. Les expositions à court terme sont responsables d’exacerbation au niveau pulmonaire et sont susceptibles de déclencher des épisodes aigus en rapport avec une cardiopathie ischémique.

Toutes les recommandations de prévention cardio-vasculaire sont pour la promotion d’une activité physique régulière sur les lieux de vie. Pour ceux qui ont la chance d’habiter en montagne et en Suisse, les études ont montré que cette activité physique est doublement protectrice. À l’opposé, pour la plupart d’entre nous qui habitons des grandes villes, on peut se poser la question de l’efficacité de l’exercice physique en milieu pollué sur la fonction cardiaque et sur les capacités pulmonaires. En effet, l’exercice régulier sera pour la plupart d’entre nous la marche et cette activité se fera le plus souvent le long des axes de circulations principaux de nos villes. Il n’est pas nécessaire de faire des études complexes pour s’apercevoir rapidement que ces axes routiers de centre-ville sont le plus souvent irrespirables…

Dans une étude très originale qui vient d’être publiée dans le Lancet, les auteurs ont eu une idée très simple, celle de comparer les fonctions pulmonaires et cardiaques chez le sujet sain et chez des sujets malades et exposés à des environnements pollués ou bien à des environnements plus sains.

Dans cette étude en crossover, les auteurs ont étudié les fonctions pulmonaires et cardiaques chez 40 sujets sains, 40 patients présentant une bronchite chronique et 39 patients présentant une maladie coronaire stable. Le but de l’étude était de faire marcher ces individus pendant 4,62 km à Londres, sur Oxford Street et de les faire marcher pendant 4,78 km à Hyde Park pendant une durée d’environ 2 heures.

Les tests pulmonaires étaient basés sur les symptômes ainsi que sur la mesure de la capacité respiratoire à l’aide d’un spiromètre. Les tests cardio-vasculaires étaient basés sur la fréquence cardiaque, la pression artérielle ainsi que sur la mesure de la vitesse de l’onde de pouls. Il s’agissait de sujets d’âge moyen 62 ans pour les sujets sains, et 67 ans pour les patients. Tous les patients étaient considérés comme stables et avaient arrêté de fumer. Les porteurs d’une bronchite chronique étaient sous bronchodilatateurs et les patients coronariens étaient sous le traitement classique combinant les 4 thérapeutiques de base.

Sur le plan des résultats concernant la pollution, il y a eu des différences considérables entre Oxford Street et Hyde Park, portant sur le bruit, la concentration en dioxyde d’azote et la concentration de l’air ambiant en particules ultrafines. Dans une ambiance polluée, les patients coronariens et les bronchitiques chroniques présentaient plus souvent de la toux, les bronchitiques chroniques avec plus souvent des expectorations et des sifflements à Oxford Street comparativement à Hyde Park.

Chez les sujets sains ainsi que chez les porteurs d’une bronchite chronique, les tests respiratoires ont été meilleurs à Hyde Park comparativement à Oxford Street et cela jusqu’à 26 heures après l’exposition à l’atmosphère polluée. Chez les sujets sains ainsi que chez les bronchitiques chroniques ou les coronariens stables, la vitesse d’onde de pouls était aggravée à Oxford Street et  améliorée à Hyde Park et cela jusqu’à 26 heures après l’exposition. Par ailleurs les sujets coronariens observants aux thérapeutiques prescrites avaient moins d’altération de la vitesse d’onde de pouls par rapport aux sujets non observants.

En résumé, chez les sujets sains, le fait de marcher 2 heures dans une atmosphère plus saine est associé à un effet bronchodilatateur rémanent pendant plus d’une journée. À l’opposé après avoir marché dans un environnement plus pollué, il n’y a pas d’amélioration de la fonction respiratoire ; cela suggère que les polluants atmosphériques empêchent l’amélioration de la fonction pulmonaire liée à la marche. Qu’il s’agisse des sujets présentant une pathologie pulmonaire ou coronarienne, les patients font l’expérience d’un certain effet bénéfique de la marche sur l’amélioration de la fonction respiratoire en atmosphère saine mais beaucoup moins marquée que chez les sujets sains. Par ailleurs, chez les patients porteurs d’une pathologie respiratoire, la marche en milieu pollué est associée à une aggravation de la toux, des expectorations et des sifflements. Bien évidemment cette étude discute des effets aigus de la pollution atmosphérique et ne permet pas de conclure sur les effets à long terme de la pollution des villes. Néanmoins, on sait que dans d’autres études, la marche régulière peut protéger des effets néfastes de la pollution sur la rigidité artérielle et il est probable que la pollution atmosphérique n’élimine pas complètement les bénéfices de l’exercice physique mené en milieu pollué sur la mortalité totale.

En conclusion, sommes-nous condamnés à mourir dans nos villes en subissant de manière passive les effets de la pollution atmosphérique alors que nous faisons tout pour augmenter notre activité physique dans le cadre d’une vie sédentaire ? Cet article montre qu’on ne peut pas choisir si facilement son mode de vie mais que l’on peut chercher à pratiquer l’exercice dans un environnement le moins pollué possible en en conservant les bénéfices cardio-pulmonaires. Après des années d’immobilisme politique, les gouvernants devront prendre pour les générations futures des décisions difficiles et forcément impopulaires !

 

NDLR : Oxford Street est une rue très passante, alors que Hyde Park est une étendue herbeuse arborée très étendue, en plein centre de Londres

 

 

 

 

Rudy Sinharay et al. Lancet 2017 in press DOI: http://dx.doi.org/10.1016/S0140-6736(17)32643-0

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